Semaine de l’Industrie 2025 : comment se porte vraiment l’industrie française ?

 

Semaine de l’Industrie 2025 : comment se porte vraiment l’industrie française ?
Semaine de l’Industrie 2025 : comment se porte vraiment l’industrie française ?

 

La Semaine de l’Industrie 2025, du 17 au 23 novembre, arrive dans un moment où l’état de l’industrie française interroge autant qu’il inquiète. Cet événement, devenu incontournable pour comprendre les transformations économiques du pays, offre l’occasion de mesurer si la France avance vraiment sur le chemin de la réindustrialisation, ou si les difficultés structurelles continuent de freiner sa progression.

C’est dans ce cadre qu’a été publié le Baromètre 2025 de l’Industrie en mouvement, dont les données montrent une réalité assez nuancée. D’un côté, la valeur ajoutée de l’industrie progresse légèrement, l’emploi se stabilise, et la France confirme son attractivité auprès des investisseurs étrangers en étant pour la 6ème année consécutive la première en Europe pour l’accueil d’investissements étrangers. De l’autre, plusieurs signaux faibles persistent, avec des investissements en léger recul, une robotisation largement insuffisante, une modernisation trop lente et des impôts de production toujours écrasants. L’industrie française résiste, arrive même à rester stable malgré les chocs divers et variés, mais elle peine toujours à suivre le dynamisme observé chez plusieurs de ses voisins européens.

À ces tensions s’ajoutent les grands défis qui conditionnent la compétitivité du secteur. Le coût de l’énergie reste élevé, le travail qualifié reste très taxé et la question du foncier industriel reste centrale pour l’implantation de nouveaux sites.

Pour autant, la France n’est pas immobile. De nombreuses régions accélèrent leur transformation, des projets industriels émergent autour de la transition écologique et les start-ups industrielles prennent une place croissante dans l’innovation. De plus, avec un effort sans précédent prévu pour les prochaines années, le secteur de la défense est porteur d’espoir.

La Semaine de l’Industrie 2025 est l’occasion d’avoir une photographie claire et accessible de la situation industrielle française. Les données du baromètre permettent de comprendre où en est réellement l’industrie française aujourd’hui et de tenter d’analyser de quoi sera fait demain.

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Semaine de l’Industrie 2025 : un événement clé pour comprendre l’économie française

La Semaine de l’Industrie 2025 offre une occasion privilégiée d’observer l’état réel de l’industrie française. Chaque année, cet événement met en lumière un secteur essentiel pour l’économie, mais souvent mal perçu ou réduit à ses difficultés. Ainsi, de nombreux événements sont organisés à travers toute la France, tels que la découverte de métiers, des visites d’entreprise, des job dating, des forums, des web-conférences, des expositions, des interventions en classe, etc. L’édition 2024 avait permis de rassembler plus de 5,7 millions de participants autour de 8 000 événements sur tout le territoire.

L’édition 2025 intervient dans un contexte où l’industrie se retrouve au cœur des priorités nationales, avec des enjeux en matière de souveraineté, de transition écologique, d’emplois, d’attractivité des territoires, et même de défense.

Cet événement permet de rappeler que l’industrie n’est pas un secteur marginal. En effet, elle représente près de 10 % du PIB (9,6 % plus précisément en 2024), structure des filières entières (l’énergie, les transports, les technologies, la chimie, les matériaux ou encore la défense), et soutient l’activité de nombreuses régions, dans la mesure où 1 emploi industriel sur 2 se trouve dans une commune de moins de 50 000 habitants. De plus, selon l’Insee, institut de statistiques français très sérieux, le nombre d’entreprises industrielles est de 27 725.

La Semaine de l’Industrie 2025 met également en avant les transformations en cours, avec des usines toujours plus numériques et robotiques, des nouveaux métiers, la montée en puissance de l’industrie verte, l’émergence de l’intelligence artificielle, ou encore un besoin de compétences de plus en plus techniques. 

En quelques jours, l’événement offre donc l’occasion de découvrir davantage le monde industriel et en plus, grâce au Baromètre de l’Industrie en mouvement, d’avoir un panorama clair des forces et des fragilités du secteur.

 

Les chiffres clés de l’industrie française : ce que montre réellement le baromètre 2025

Le baromètre 2025 dresse un tableau précis de la situation industrielle française et met en évidence plusieurs tendances essentielles pour comprendre l’évolution du secteur. La première concerne la valeur ajoutée manufacturière, qui atteint 236 milliards d’euros en 2024, contre 231 milliards l’année précédente. Cette progression reste modeste, mais elle confirme que l’industrie française maintient son activité malgré un environnement économique instable et pour le moins agité.

L’emploi industriel reste pour sa part quasi stable, autour de 2,85 millions de travailleurs. Cette stagnation traduit une tendance de fond. L’industrie ne détruit plus massivement d’emplois comme dans les décennies précédentes, mais elle ne parvient pas encore à en créer suffisamment pour compenser les départs et attirer de nouveaux profils. Dans le même temps, les entreprises signalent un manque persistant de compétences techniques, un frein important pour soutenir leur croissance.

L’évolution des investissements manufacturiers illustre également les tensions du moment. Après plusieurs années de hausse, ils reculent légèrement en 2024 pour s’établir à 54,4 milliards d’euros. Cette inflexion traduit un climat d’incertitude alimenté par les coûts de production, l’instabilité géopolitique et la nécessité de financer la transition écologique. Pour un pays qui cherche à accélérer sa réindustrialisation, ce ralentissement constitue un signal d’alerte.

La balance commerciale en biens, bien qu’encore déficitaire, montre une amélioration notable, se portant à –79 milliards d’euros en 2024, contre –98,8 milliards un an plus tôt. Cette réduction du déficit est bien sûr encourageante, mais elle ne change pas la réalité structurelle, à savoir que la France importe toujours davantage qu’elle n’exporte, notamment dans des secteurs stratégiques comme l’électronique, les biens d’équipement et les produits intermédiaires.

Le baromètre rappelle aussi que l’industrie française ne pèse que 9,6 % du PIB en 2024, un niveau inférieur à celui d’avant la crise sanitaire. À titre de comparaison, l’Allemagne (avec 18 %) et l’Italie (avec 15 %) conservent une structure industrielle plus robuste, ce qui renforce leur compétitivité globale, et bien sûr leur économie dans son entièreté. La France reste néanmoins attractive, puisqu’elle se classe pour la sixième année consécutive première en Europe pour les implantations industrielles d’investisseurs étrangers, un point très positif.

Pris dans leur ensemble, ces chiffres montrent une industrie française qui résiste, mais qui peine encore à retrouver un véritable dynamisme. La stabilité de l’emploi, la légère hausse de la production et les investissements étrangers sont des signaux encourageants, mais ils coexistent avec des fragilités persistantes : déficit commercial structurel, faible part dans le PIB, investissements en recul et besoin urgent de compétences et de modernisation.

 

Semaine de l’Industrie 2025 : comment se porte vraiment l’industrie française ?
Semaine de l’Industrie 2025 : comment se porte vraiment l’industrie française ?

 

Investissements, robotisation et modernisation : l’industrie française accuse-t-elle un retard ?

L’un des points les plus sensibles révélés par le baromètre 2025 concerne la capacité de l’industrie française à moderniser ses outils de production. Après plusieurs années de rattrapage, cette dynamique semble ralentir. Les investissements manufacturiers reculent en effet en 2024, passant de 55,6 à 54,4 milliards d’euros. Cette baisse peut paraître limitée, mais elle intervient au moment où les entreprises industrielles devraient, au contraire, accélérer leur effort d’innovation pour rester compétitives. Le recul s’explique par un contexte incertain, avec entre autres une hausse des coûts de production, une volatilité énergétique et des tensions géopolitiques qui freinent les décisions d’investissement.

Le retard français apparaît encore plus nettement lorsqu’on observe la robotisation, un indicateur clé de la modernisation industrielle. En 2024, seuls 4 900 robots ont été installés en France, soit une chute de 24 % par rapport à l’année précédente. Ce volume reste très inférieur à celui des grandes puissances industrielles européennes, puisqu’il y en a eu près de 27 000 installés en Allemagne, plus de 8 700 en Espagne et 5 100 en Italie. Ce décalage structurel limite la productivité et freine la capacité à relocaliser certaines productions. Dans les industries où la compétitivité repose sur l’automatisation, comme l’électronique, l’automobile, ou les biens d’équipement, ce retard pèse lourdement. Cela est d’autant plus mauvais signe qu’avec le vieillissement de la population, de nombreux départs à la retraite sont prévus les années qui arrivent, sans garantie de pouvoir les remplacer.

La transformation numérique suit une logique similaire. Si de nombreuses entreprises ont engagé des projets de digitalisation, l’adoption de technologies avancées, telles que l’automatisation intelligente, la maintenance prédictive, les jumeaux numériques, et bien sûr l’intelligence artificielle, progresse encore trop lentement. Cela crée un écart significatif avec les pays où la modernisation industrielle a été massivement soutenue par des politiques publiques ciblées, en particulier en Allemagne, en Corée du Sud, en Italie, en Chine et aux États-Unis.

Le baromètre souligne également que ce retard ne s’explique pas par un manque d’innovation. Effectivement, la France dispose d’un écosystème dynamique, incarné notamment par les start-ups industrielles, qui ont levé près de 2,8 milliards d’euros en 2024, soit plus d’un tiers de l’ensemble des fonds mobilisés par la French Tech. Ces jeunes entreprises jouent un rôle majeur dans les technologies émergentes, comme celles de la robotique, des batteries, de l’hydrogène, des nouveaux matériaux, et de l’automatisation. Elles témoignent d’une vitalité réelle, même si leur poids reste encore limité au regard de la taille du tissu industriel.

Face aux autres pays qui soutiennent nettement leur industrie, l’Industrie en mouvement explique dans son baromètre que mettre en place une mesure ciblée comme un suramortissement de l’investissement permettrait d’envoyer un signal fort, celui que l’industrie reste une priorité nationale forte.

Globalement, la France se trouve dans une situation paradoxale, puisque les savoir-faire existent, l’innovation est présente, les entrepreneurs sont actifs, mais la modernisation du parc industriel avance moins vite que chez plusieurs concurrents européens. Le ralentissement des investissements, la robotisation insuffisante et la digitalisation incomplète empêchent l’industrie française de gagner en productivité et de monter en gamme au rythme nécessaire. C’est l’un des défis majeurs des prochaines années.

 

Compétitivité : énergie, fiscalité et foncier industriel, les freins qui pèsent encore

Si l’industrie française montre des atouts réels, sa compétitivité reste freinée par plusieurs obstacles structurels bien identifiés dans le baromètre 2025 de l’Industrie en mouvement. Le premier concerne le prix de l’énergie, un facteur déterminant pour les entreprises manufacturières. La compétitivité de l’industrie française est fortement dépendante des prix de l’énergie. Malgré l’apaisement des marchés en 2024, les prix de l’électricité et du gaz en France demeurent très élevés. De nombreuses entreprises soulignent que cet écart de coût réduit leur marge de manœuvre et limite leur capacité à investir ou à relocaliser certaines productions. Pour un pays qui souhaite renforcer sa souveraineté industrielle, cette contrainte pèse lourdement.

La fiscalité de production constitue un second frein majeur. Sur ce sujet, la France est même une singularité en Europe avec un poids sans équivalent. En effet, les impôts de production payés en France s’élèvent à 2,9 % du PIB, le double de la moyenne de la zone euro (à 1,4 % du PIB), et même quatre fois supérieurs à ceux de l’Allemagne (à 0,7 %). Cela signifie qu’avant même de faire des bénéfices, les entreprises doivent payer des impôts, ce qui est forcément très pénalisant quand ils sont très élevés. Même si plusieurs réformes récentes ont permis de réduire progressivement certaines charges, le niveau global des impôts qui pèsent sur les entreprises industrielles reste très lourd. Le baromètre rappelle que ces taxes affectent directement la compétitivité prix et la rentabilité des investissements, en particulier pour les petites et moyennes industries qui disposent de marges plus limitées.

Dans la même veine que les impôts de production, l’économie française se distingue par une “surfiscalisation” du travail qualifié et très qualifié. La pression fiscale est volontairement très faible autour du SMIC et beaucoup plus forte sur les salaires plus élevés (beaucoup plus que dans les autres pays européens). Cela impacte directement l’industrie, puisque la majorité des emplois est concentrée sur la tranche de rémunération qui est élevée (jusqu’à 58 % dans certains secteurs), et donc surtaxée. Cela détériore directement la compétitivité française face à ses concurrents.

Un troisième blocage est lié au foncier industriel, devenu cher et complexe à mobiliser. Selon le baromètre, les besoins sont estimés entre 23 000 et 30 000 hectares d’ici 2035. La France dispose de 15 000 friches recensées, soit environ 60 000 hectares. Cependant, la réhabilitation est généralement complexe et coûteuse (environ 540 000 euros par hectare), notamment à cause de la pollution des sols. Il y a également un problème d’adéquation entre l’offre et la demande, puisque 7 dirigeants sur 10 recherchent des petites surfaces. Il existe donc des difficultés pour trouver un terrain adapté, mais également pour obtenir les autorisations nécessaires pour agrandir ou implanter un site.

Ces trois facteurs, à savoir l’énergie, la fiscalité et le foncier, montrent que la France souffre encore de difficultés structurelles. Le dynamisme entrepreneurial, les réformes des dernières années, et les efforts de modernisation ne suffisent pas toujours à les améliorer. Les entreprises les plus exposées se retrouvent donc à faire des arbitrages, au détriment de la compétitivité française. Les pouvoirs publics ont un rôle majeur à jouer sur ces sujets.

 

Semaine de l’Industrie 2025 : comment se porte vraiment l’industrie française ?
Semaine de l’Industrie 2025 : comment se porte vraiment l’industrie française ?

 

Réindustrialisation 2025 : dynamiques territoriales, transition verte et leviers pour repartir

La réindustrialisation française est déjà engagée, mais son rythme reste inégal selon les régions et les filières. Le baromètre 2025 montre que les dynamiques territoriales jouent un rôle décisif. Certaines zones industrielles avancent rapidement grâce à la présence d’écosystèmes solides, d’infrastructures performantes et de partenariats entre entreprises, collectivités et centres de formation. C’est notamment le cas dans les Hauts-de-France, le Grand Est, la région lyonnaise ou encore l’Ouest industriel, notamment en Occitanie qui représente 7,5 % du PIB grâce à l’aéronautique et au spatial toulousain. De nouvelles usines, centres logistiques et plateformes technologiques continuent de se développer dans ces zones.

Cette réindustrialisation s’appuie de plus en plus sur des projets liés à la transition écologique. Les entreprises qui investissent aujourd’hui cherchent à conquérir des marchés liés à l’écologie, mais également à réduire leurs émissions, à intégrer plus d’efficacité énergétique et à adopter des procédés de production plus sobres. Le baromètre souligne une hausse des investissements liés à la décarbonation, même si leur niveau reste inférieur à ce que nécessiterait la trajectoire climatique fixée par les pouvoirs publics. Les secteurs de l’hydrogène, de la batterie, du recyclage ou des matériaux bas carbone deviennent des pôles d’attractivité importants, capables d’attirer des capitaux et des compétences nouvelles.

La montée en puissance des start-ups industrielles contribue également à cette dynamique. Avec 2,8 milliards d’euros levés en 2024, elles jouent un rôle croissant dans l’innovation de rupture, en particulier dans les technologies vertes, la robotique et l’automatisation. Leur implantation dans les territoires, souvent en lien avec des écoles d’ingénieurs et des laboratoires publics, favorise la création de mini-écosystèmes industriels. Ces entreprises ne remplaceront pas les grands groupes, mais elles constituent des leviers de modernisation et de diversification essentiels.

Pour autant, la réindustrialisation reste confrontée à des défis structurels que les territoires ne peuvent résoudre seuls. Le manque de compétences techniques, les difficultés de recrutement, les impôts écrasants, ou encore le sujet du foncier industriel freinent la concrétisation de nombreux projets. Un autre levier déterminant réside dans la capacité à simplifier les procédures administratives.

En 2025, la réindustrialisation française se trouve donc à un moment décisif. Les initiatives territoriales, l’essor de l’industrie verte, le volontarisme des pouvoirs publics, et l’innovation portée par les start-ups montrent que la dynamique est bien réelle. Mais pour qu’elle se transforme en mouvement durable, avec même une vraie réindustrialisation d’ampleur, la France devra simultanément réduire ses coûts structurels, accélérer la modernisation des usines et renforcer sa base de compétences. C’est à cette condition que les ambitions portées lors de la Semaine de l’Industrie 2025 pourront vraiment se traduire en croissance, en emplois et en attractivité industrielle, avec des bénéfices pour toute l’économie française.

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