Comment financer la hausse du budget de la défense voulue par Emmanuel Macron ?

 

Comment financer la hausse du budget de la défense voulue par Emmanuel Macron ?
Comment financer la hausse du budget de la défense voulue par Emmanuel Macron ?

 

Face à un contexte géopolitique marqué par la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient, la montée des tensions internationales, l’élection de Donald Trump aux États-Unis qui remet en cause les liens avec les institutions internationales et les autres pays, et la nécessité pour l’Europe d’assurer sa propre sécurité, Emmanuel Macron a annoncé une augmentation significative du budget de la défense. En effet, il souhaite que le budget de la défense atteigne 3 à 3,5 % du PIB, contre environ 2 % actuellement. Cette décision vise à amplifier les moyens dont dispose l’armée pour ses missions, à moderniser les forces armées françaises, à renforcer la souveraineté militaire du pays et à mieux répondre aux nouveaux défis stratégiques. Mais la hausse du budget de la défense voulue par Emmanuel Macron soulève une question essentielle, à savoir précisément la manière dont il faut la financer, et cela, sans sacrifier le modèle social français et sans compromettre l’équilibre budgétaire du pays.

Plusieurs pistes peuvent être envisagées pour dégager les ressources nécessaires, aucune n’étant cependant l’idéal ou la panacée. Le recours à la dette publique apparaît comme une solution rapide, mais il alourdirait encore davantage le déficit français. Une autre option serait d’augmenter les impôts, une mesure souvent impopulaire qui pourrait peser sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Le gouvernement pourrait également choisir de réduire certaines dépenses publiques afin de réallouer des fonds vers la défense, ce qui supposerait des arbitrages budgétaires sensibles. Une alternative consisterait à mobiliser l’épargne des Français, en créant par exemple des produits d’investissement dédiés au financement de la défense. Enfin, la France pourrait s’appuyer sur des financements européens ou renforcer ses collaborations avec d’autres pays, notamment dans le cadre de grands projets militaires, comme elle l’a par exemple fait pour l’avion de combat du futur ou le char du futur, développés avec l’Allemagne.

Au-delà du financement, cette hausse du budget militaire aura des conséquences économiques et budgétaires importantes. Elle pourrait stimuler l’industrie de défense française, créatrice d’emplois et moteur d’innovation, mais aussi peser sur les finances publiques en augmentant la dette ou en limitant d’autres investissements stratégiques.

Enfin, cette politique s’inscrit dans la vision plus large d’Emmanuel Macron en faveur d’une défense européenne. Le président plaide depuis plusieurs années pour une autonomie stratégique du continent, moins dépendante des États-Unis. Il voit dans une coopération militaire renforcée entre pays européens un moyen de mieux mutualiser les efforts et de rendre l’industrie de défense plus compétitive. Néanmoins, cette ambition se heurte à des résistances et à des divergences entre États membres, et même à l’intérieur de chaque pays, où la souveraineté nationale (souvent sous protection américaine) est souvent préférée à la souveraineté européenne.

L’augmentation du budget de la défense est donc un choix stratégique majeur pour la France, qui soulève autant d’enjeux économiques, que politiques. Entre la nécessité de renforcer les capacités militaires et les contraintes budgétaires, le gouvernement devra faire des choix et des arbitrages délicats pour trouver un équilibre viable et acceptable pour toutes les parties concernées.

 

Pourquoi Emmanuel Macron veut-il augmenter le budget de la défense et de combien ?

La décision d’augmenter le budget de la défense s’inscrit dans un contexte international marqué par de fortes tensions géopolitiques. La guerre en Ukraine a profondément modifié la perception des risques en Europe, rappelant aux États la nécessité de renforcer leurs capacités militaires. L’entrée en fonction de Donald Trump aux États-Unis en janvier a accentué ce sentiment, puisqu’il n’hésite pas à remettre en cause les institutions internationales et les liens de son pays avec ses alliés, dont l’Union européenne. En parallèle, la montée en puissance de la Chine, la persistance de la menace terroriste, les tensions croissantes sur certaines mers du globe, et l’instabilité persistante au Sahel, imposent une modernisation des forces armées françaises. Face à ces défis, Emmanuel Macron souhaite doter la France de moyens accrus pour garantir sa souveraineté et honorer ses engagements internationaux, notamment au sein de l’OTAN et de l’Union européenne.

Cette volonté se traduit par une hausse significative des crédits alloués à la défense. La Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030 prévoit déjà un budget total de 413 milliards d’euros sur sept ans, soit une augmentation de près de 40 % par rapport à la précédente programmation. Pour l’année 2025, les dépenses militaires doivent atteindre 50,5 milliards d’euros, poursuivant ainsi la trajectoire de hausse amorcée depuis 2017. Pour cette année, cela représente 2,1 % du PIB (Produit Intérieur Brut), c’est-à-dire de la richesse créée. 

Le Président de la République Emmanuel Macron a annoncé sa volonté d’accroître le budget de la défense à 3 % du PIB minimum, voire même jusqu’à 3,5 % du PIB. Cela nécessiterait de trouver entre 30 et 50 milliards d’euros supplémentaires par an, pour arriver à un budget de la défense entre 80 et 100 milliards d’euros d’ici 2030. Cette hypothèse repose sur les propos d’Emmanuel Macron et de Sébastien Lecornu, ministre des Armées qui, dans La Tribune Dimanche, dit envisager un doublement du budget de la défense.

Cette enveloppe supplémentaire vise à renforcer plusieurs axes prioritaires : l’amélioration des capacités opérationnelles des armées, l’achat ou le renouvellement du matériel (tels que des chars, des avions de combat, et des frégates notamment), le développement de nouvelles technologies militaires (drones, cybersécurité, intelligence artificielle, espace), la hausse du nombre de personnels militaires (notamment des réservistes) et enfin l’amélioration des conditions de vie des militaires.

Au-delà de l’aspect strictement militaire, cette hausse budgétaire répond également à des impératifs industriels et stratégiques. En investissant dans la défense, le gouvernement veut soutenir l’industrie de l’armement, un secteur clé pour l’économie française, avec des entreprises comme Dassault Aviation, Thales ou encore Nexter. Ce choix s’inscrit également dans une logique de souveraineté, afin de réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers et d’assurer la résilience du pays face aux crises. Toutefois, cette ambition soulève un défi majeur, à savoir celui du financement.

 

Quelles sont les pistes de financement qui pourraient être envisagées ?

Pour financer l’augmentation du budget de la défense, plusieurs options s’offrent au gouvernement (et aux parlementaires qui votent les lois). Aucune solution n’est idéale. Chaque piste présente des avantages et des inconvénients, qu’il s’agisse de recourir à l’endettement, d’augmenter les recettes fiscales, de redéployer certaines dépenses publiques ou encore de mobiliser l’épargne nationale. Par ailleurs, la France pourrait aussi chercher à s’appuyer sur des financements européens ou à renforcer ses coopérations avec d’autres pays pour partager les coûts de certains programmes militaires. Chacune de ces solutions implique des arbitrages politiques et économiques majeurs, avec des conséquences à court, moyen et long terme sur notre souveraineté, sur les finances publiques et sur l’économie nationale.

 

Le recours à la dette

Face à l’ampleur des besoins financiers liés à l’augmentation du budget de la défense, l’une des premières options envisagées pourrait être le recours à la dette publique. Cette solution permettrait à l’État de financer immédiatement la hausse des dépenses militaires sans augmenter les impôts, ni réduire d’autres postes budgétaires.

Dans un contexte où la France est déjà très fortement endettée, cette piste pose toutefois de nombreuses questions sur la soutenabilité des finances publiques et les risques à long terme. En effet, la dette publique s’élève déjà à plus de 115 % du PIB, l’un des montants les plus élevés de l’Union européenne, et le déficit public est prévu à 5,4 % du PIB en 2025. Cette année, la France devrait payer environ 60 milliards d’euros rien qu’en charges d’intérêt de la dette publique. Cela signifie que cette somme va servir à payer les intérêts de la dette publique, plutôt qu’à être utilisée autrement, pour investir ou pour les services publics par exemple.

En faisant le choix de la dette, le gouvernement pourrait choisir d’émettre de nouvelles obligations souveraines pour lever des fonds sur les marchés financiers. Actuellement, la France bénéficie encore de taux d’intérêt relativement bas par rapport aux crises passées, bien que le coût de l’endettement ait augmenté depuis la remontée des taux directeurs par la Banque Centrale Européenne (BCE). Une hausse importante des emprunts aurait pour conséquence d’alourdir la charge de la dette, ce qui pèserait sur le budget de l’État et limiterait ses marges de manœuvre à l’avenir. En effet, plus d’argent à payer en intérêts de la dette est autant d’argent en moins pour d’autres secteurs stratégiques, ce qui n’est pas forcément un choix judicieux quand la dette publique est déjà très importante, comme c’est le cas pour la France.

Historiquement, de nombreux pays ont financé des efforts militaires massifs par la dette, notamment en période de conflit ou de tension géopolitique. Cependant, dans un contexte où la France doit déjà faire face à des contraintes budgétaires importantes pour respecter les engagements européens en matière de réduction du déficit, un recours excessif à l’endettement pourrait être mal perçu par les investisseurs et les agences de notation, et finalement coûter cher. Cela pourrait entraîner une dégradation de la note financière du pays et renchérir encore le coût du crédit pour l’État.

Si la dette constitue une option rapide et politiquement moins sensible qu’une hausse des impôts ou une réallocation de certaines dépenses sociales, en l’état actuel des choses, elle ne peut pas être une solution durable sans une stratégie claire de remboursement et de maîtrise des finances publiques. Une accumulation excessive de dette pourrait à terme imposer des arbitrages budgétaires encore plus difficiles, ce qui obligerait le gouvernement à compenser par d’autres mesures économiques.

 

L’augmentation des impôts

Une autre solution pour financer la hausse du budget de la défense serait d’augmenter les impôts. Cette option permettrait de générer des recettes supplémentaires sans aggraver la dette publique, mais elle soulève des enjeux économiques et politiques sensibles. En effet, dans un contexte où la pression fiscale est déjà très élevée en France (l’une des plus importantes au monde), toute hausse d’impôt risque d’être mal perçue par les contribuables et les entreprises, et risque de susciter un vif débat.

Plusieurs pistes pourraient être envisagées. Une première option consisterait à augmenter par exemple la Contribution Sociale Généralisée (CSG) ou la TVA, qui sont des impôts à assiette large et qui rapportent beaucoup à l’État. Une hausse de la TVA aurait l’avantage de faire contribuer l’ensemble des consommateurs, y compris les touristes, mais elle pèserait aussi sur le pouvoir d’achat des ménages. Une autre possibilité serait de relever certains impôts ciblés, comme l’impôt sur les sociétés, notamment pour les grandes entreprises du secteur de l’armement, qui bénéficieraient directement des investissements de l’État. Toutefois, cette mesure pourrait affecter la compétitivité des entreprises françaises face à leurs concurrents internationaux et réduire encore l’argent qu’elles possèdent pour investir, embaucher ou améliorer leurs productions et marges.

Le gouvernement pourrait également choisir de taxer davantage les hauts revenus ou le patrimoine, en augmentant les taux d’imposition sur les successions, les revenus du capital ou encore en réinstaurant un impôt spécifique sur la fortune. Une telle mesure viserait à répartir l’effort budgétaire de manière progressive, mais elle risquerait de provoquer des fuites de capitaux et d’alimenter des tensions politiques.

Enfin, une taxe temporaire pourrait être envisagée, inspirée des prélèvements exceptionnels mis en place par le passé lors de périodes de crise. Certains pays ont déjà adopté des taxes spécifiques sur les superprofits de certaines industries, notamment dans l’énergie. Une approche similaire pourrait être appliquée au secteur de la défense, en demandant une contribution exceptionnelle aux grandes entreprises qui bénéficieraient directement de la hausse des commandes publiques.

Si l’augmentation des impôts permettrait d’assurer un financement stable et immédiat, elle présente donc le risque de peser sur la croissance économique, sur la consommation, sur la productivité, sur la compétitivité et d’alimenter un mécontentement social. En raison de tous ces risques, Emmanuel Macron a exclu de recourir à la hausse des impôts. Il a affirmé vouloir augmenter le budget de la défense, mais sans augmenter les impôts qui pèsent sur les Français et les entreprises.

 

La réduction de certaines dépenses publiques

Une autre piste pour financer la hausse du budget de la défense consisterait à redéployer des fonds en réduisant certaines dépenses publiques. Cette approche permettrait d’éviter un recours supplémentaire à la dette ou à la fiscalité, tout en respectant les objectifs de maîtrise budgétaire fixés par le gouvernement et auxquels la France s’est engagée auprès de l’Union européenne. Toutefois, cette option implique de faire des choix difficiles, car chaque poste budgétaire est déjà soumis à des contraintes et répond à des besoins souvent essentiels pour la population.

Le premier levier pourrait être une baisse des dépenses de fonctionnement de l’État et des administrations publiques. Cela passerait par une rationalisation des services, une réduction du nombre de fonctionnaires dans certains secteurs jugés non prioritaires, ou encore par une meilleure gestion des ressources publiques. Toutefois, ce type d’économies est souvent limité et ne permet pas de dégager immédiatement des montants suffisants pour financer un effort militaire massif. Cette solution paraît aussi compliquée dans la mesure où de nombreux services ont déjà été réformés et réduits par le passé et ne peuvent plus encaisser de nouvelles réformes restrictives.

Une autre solution, cependant très taboue, serait de revoir certaines aides et prestations sociales. Par exemple, des ajustements dans les allocations logement, les aides aux entreprises ou encore certaines exonérations fiscales pourraient être envisagés. Toutefois, toucher aux prestations sociales risquerait d’avoir un impact direct sur le pouvoir d’achat des ménages et de susciter une forte opposition.

Le gouvernement pourrait également choisir de ralentir ou de revoir certains grands projets d’infrastructure. Dans le passé, des arbitrages budgétaires ont parfois conduit à reporter ou annuler des investissements publics, notamment dans les transports ou l’énergie. Néanmoins, cela poserait la question des priorités économiques du pays et de l’effet à long terme sur la croissance et la compétitivité.

La réduction des subventions à certains secteurs économiques pourrait être une autre solution. Par exemple, le soutien à certaines filières industrielles ou agricoles pourrait être réévalué afin de dégager des marges budgétaires pour la défense. Une telle mesure serait toutefois politiquement délicate, car elle impacterait directement les entreprises et les emplois.

Enfin, l’une des solutions serait de travailler davantage, comme le préconise notamment l’ancien Premier Ministre Edouard Philippe, qui a déclaré que le conclave visant à améliorer la réforme des retraites qui a reculé l’âge de départ à la retraite à 64 ans, était hors-sol et le débat dépassé. En 2021, il avait évoqué l’idée de reculer l’âge de départ à la retraite à 67 ans, expliquant que seul davantage de travail permettrait de créer plus de richesses, et donc de financer les dépenses de la France (entre autres celles de la défense).

 

Le recours à l’épargne des français

Une autre piste pour financer l’augmentation du budget de la défense serait de mobiliser l’épargne des Français. L’État pourrait ainsi s’appuyer sur l’un des points forts de l’économie française, à savoir un taux d’épargne élevé (l’un des plus élevés de l’Union européenne avec celui de l’Allemagne). Elle est notamment déposée sous forme d’assurance-vie, de livrets réglementés et de placements financiers. Cette solution permettrait de limiter le recours à la dette extérieure tout en offrant aux épargnants une opportunité d’investissement.

L’un des mécanismes envisageables serait la création d’un emprunt national dédié à la défense. Ce type d’opération a déjà été utilisé par le passé, notamment après la Seconde Guerre mondiale ou lors de grandes crises économiques. L’idée serait de proposer aux citoyens et aux entreprises d’investir directement dans des obligations souveraines spécifiquement destinées au financement des dépenses militaires. Pour attirer les épargnants, l’État pourrait garantir un taux d’intérêt attractif, éventuellement défiscalisé. Toutefois, le succès d’un tel emprunt dépendrait largement de la confiance des Français dans cette démarche et de leur volonté de soutenir cet effort financier.

Au-delà d’un emprunt national dédié, cela pourrait simplement passer par la création d’un nouveau livret d’épargne réglementé dédié à la défense, sur le modèle du Livret A dont l’argent est en grande partie consacré au secteur du logement social.

Par prolongement, une autre option serait d’orienter une partie des fonds déposés sur les livrets d’épargne réglementés, comme justement le Livret A ou le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), vers le financement de la défense. Aujourd’hui, ces fonds servent principalement à financer le logement social et la transition écologique. Modifier leur affectation pourrait permettre de capter une partie de cette épargne pour renforcer les capacités militaires du pays. Toutefois, cette mesure soulèverait des questions sur l’équilibre entre les priorités nationales et pourrait susciter des critiques si elle se faisait au détriment d’autres secteurs essentiels. De plus, certains Français ne veulent pas financer le secteur de la défense, qu’ils jugent contre leurs valeurs et donc cette solution pourrait faire face à de nombreuses oppositions.

Enfin, le gouvernement pourrait inciter les grands investisseurs institutionnels français, comme les compagnies d’assurance et les fonds de pension, à orienter davantage leurs placements vers les obligations d’État dédiées à la défense. En jouant sur la fiscalité et les incitations réglementaires, l’État pourrait encourager ces acteurs à soutenir financièrement l’effort militaire sans contraindre directement les ménages. L’assurance-vie, par exemple, pourrait aussi contenir des supports d’investissement consacrés à la défense.

 

Le recours à des financements européens ou à des collaborations entre pays

Face aux contraintes budgétaires nationales, une autre solution pour financer l’augmentation du budget de la défense pourrait être de s’appuyer sur des financements européens ou des coopérations internationales. Cette approche permettrait de mutualiser les coûts des investissements militaires, tout en renforçant l’interopérabilité des forces armées avec celles des pays partenaires.

Au niveau européen, l’Union européenne dispose déjà d’instruments financiers dédiés à la défense, comme le Fonds européen de défense (FED), doté de 7,3 milliards d’euros pour la période 2021-2027. Créé pour soutenir l’innovation et la coopération entre les industries de défense des États membres, ce fonds finance des projets stratégiques communs afin de réduire la dépendance de l’Europe aux technologies étrangères. La France pourrait donc chercher à accroître sa part dans ces financements ou plaider pour une augmentation des crédits alloués au FED afin de soutenir ses propres efforts budgétaires dans le domaine militaire. Dans la même veine, Emmanuel Macron a aussi suggéré de réaliser un endettement commun, comme ce qu’il s’est fait lors de la crise du Covid, afin de financer le secteur de la défense. Certains pays comme l’Allemagne s’opposent à cette dernière suggestion.

En parallèle, la coopération bilatérale avec d’autres pays européens peut constituer un levier important pour partager les coûts de développement et de production des équipements de défense. Deux exemples emblématiques illustrent cette approche, à savoir le projet d’avion de combat du futur (SCAF) et le char du futur (MGCS), développés en partenariat avec l’Allemagne.

Le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF) vise à concevoir un nouvel avion de chasse de sixième génération, accompagné de drones et d’un système de gestion avancé du champ de bataille. Ce programme, mené par la France, l’Allemagne et l’Espagne, permet de répartir les coûts de recherche et de développement entre plusieurs pays tout en garantissant une autonomie stratégique européenne dans le domaine aérien. Si le projet avance lentement en raison de désaccords industriels, il illustre néanmoins la volonté d’investir conjointement dans la défense pour optimiser les dépenses. Le coût total du programme est évalué par certains analystes à une fourchette comprise entre 50 et 80 milliards d’euros. À l’inverse des États-Unis, première puissance militaire mondiale, ce montant colossal peut difficilement être financé par un seul pays européen, sachant qu’en plus, il faut prévoir à peu près le même montant pour le char du futur.

Le Main Ground Combat System (MGCS), souvent appelé le « char du futur », est un autre projet de coopération franco-allemande. Destiné à remplacer les chars Leclerc français et Leopard 2 allemands d’ici 2040, il repose sur une innovation technologique majeure en matière de blindage, d’armement et de connectivité numérique. Là encore, le partage des coûts de développement permet aux deux pays de financer ce programme ambitieux sans supporter seuls l’ensemble des dépenses.

Au-delà de ces exemples, d’autres formes de mutualisation pourraient être envisagées, comme l’achat groupé d’équipements militaires au niveau européen ou le développement de capacités communes de cybersécurité et de renseignement. L’OTAN, bien que dominée par les États-Unis, reste aussi un cadre potentiel pour certaines coopérations, notamment en matière d’interopérabilité des forces.

Un financement européen, ou des collaborations avec d’autres pays semblent être une idée intéressante, mais ces pistes soulèvent de nombreuses critiques. En effet, de nombreux citoyens ne veulent pas que la défense soit partagée avec d’autres pays et militent pour une stricte souveraineté nationale sur ce sujet. En effet, collaborer avec d’autres pays nécessite d’abandonner une part de souveraineté nationale, abandon que certains ne souhaitent pas faire, jugeant que la défense est un sujet intimement national.

 

Comment financer la hausse du budget de la défense voulue par Emmanuel Macron ?
Comment financer la hausse du budget de la défense voulue par Emmanuel Macron ?

 

Pourquoi Emmanuel Macron pousse pour une défense européenne ?

Emmanuel Macron défend depuis plusieurs années l’idée d’une défense européenne plus autonome, moins dépendante des États-Unis et mieux coordonnée entre les pays de l’Union européenne. Son insistance sur ce sujet repose sur plusieurs enjeux stratégiques, économiques et géopolitiques, qui se sont renforcés avec l’évolution du contexte international.

Tout d’abord, l’Union européenne fait face à un environnement sécuritaire de plus en plus instable. La guerre en Ukraine a profondément modifié les équilibres géopolitiques et mis en lumière la vulnérabilité du continent face aux menaces extérieures. Face à cette situation, la France considère qu’une autonomie stratégique européenne est essentielle pour garantir la sécurité des États membres sans dépendre exclusivement de l’OTAN et, donc, des États-Unis. Emmanuel Macron plaide ainsi pour un renforcement des capacités militaires européennes, avec une meilleure coordination des armées nationales et un développement de projets industriels communs.

L’aspect économique est également central dans cette vision. Une défense européenne plus intégrée permettrait d’optimiser les dépenses militaires en mutualisant certains coûts et en évitant la fragmentation industrielle actuelle. Aujourd’hui, les pays européens disposent de systèmes d’armement souvent redondants et développent des équipements concurrents plutôt que complémentaires. La mise en place d’une véritable coopération industrielle, à l’image du projet d’avion de combat du futur (SCAF) ou du char du futur (MGCS), permettrait, selon lui, de rationaliser les investissements, de renforcer l’industrie de défense européenne et d’assurer une meilleure interopérabilité entre les forces armées.

Par ailleurs, le président français voit dans une défense européenne plus forte un levier d’influence pour la France. En étant l’un des seuls pays européens dotés de l’arme nucléaire et d’une industrie militaire de premier plan, la France est bien placée pour jouer un rôle moteur dans cette dynamique. Une Europe de la défense renforcerait donc non seulement la souveraineté européenne, mais aussi le poids de la France sur la scène européenne et internationale.

Cependant, cette ambition se heurte à des obstacles politiques et institutionnels. Certains États membres restent réticents à l’idée d’une défense européenne intégrée, préférant s’appuyer sur l’OTAN et le parapluie sécuritaire américain. L’Allemagne, par exemple, bien qu’engagée dans certains projets communs avec la France, reste attachée à l’alliance transatlantique. De plus, la mise en place d’une politique de défense européenne nécessite une harmonisation des doctrines militaires, des normes d’armement et des décisions stratégiques, ce qui est un défi majeur dans une Union composée de 27 États aux intérêts souvent divergents.

De nombreuses personnes, notamment en France, critiquent ces initiatives en estimant que le sujet de la défense est profondément un sujet national et donc impossible à partager avec d’autres pays. Si par exemple la France et l’Allemagne ont des visions divergentes, comme cela arrive souvent, la question se pose de savoir comment faire. La France est par exemple intervenue militairement de nombreuses fois dans le monde (notamment en Afrique) ces dernières décennies, alors que cela aurait été impossible à faire vue d’Allemagne. Dans le cas de l’Ukraine par exemple, la France souhaite envoyer, après la fin du conflit, des soldats pour donner des garanties de sécurité à l’Ukraine, alors que l’Allemagne s’y oppose, cela poserait là aussi question. Avec des programmes militaires partagés, une défense européenne commune, ou même une armée européenne, le sujet de la liberté d'action de chaque pays se pose de manière sérieuse.

Malgré ces difficultés, la France continue de promouvoir cette vision en soutenant des initiatives comme la Boussole stratégique de l’UE, un document adopté en 2022 qui vise à renforcer la coopération militaire européenne, ou en plaidant pour une montée en puissance du Fonds européen de défense.

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