Les Français s’appauvrissent-ils ? Ce que disent vraiment les chiffres

 

Les Français s’appauvrissent-ils ? Ce que disent vraiment les chiffres
Les Français s’appauvrissent-ils ? Ce que disent vraiment les chiffres

 

Depuis plus d’une décennie, la position économique de la France en Europe se dégrade progressivement. En 2013, la richesse créée par chaque habitant français (c’est-à-dire le PIB par habitant), mesurée en parité de pouvoir d’achat, était encore légèrement supérieure à la moyenne de la zone euro. En 2024 et selon les chiffres d’Eurostat, elle lui est désormais inférieure de 7 %. Ce basculement alimente une question simple, presque brutale : les Français s’appauvrissent-ils ?

Les chiffres de cette agence montrent bien un décrochage relatif. La France progresse, mais moins vite que certains de ses voisins européens et devrait même être dépassée par l’Italie en termes de PIB par habitant cette année 2026. Dans le même temps, ses finances publiques restent très dégradées, le commerce extérieur des biens est très déficitaire, la position extérieure nette est désormais négative et l’instabilité politique n’arrange rien. Tout cela contribue à un recul de la place de la France dans le classement européen du niveau de vie.

Pour autant, parler de “pays pauvre” est excessif. La France demeure l’une des principales économies développées, conserve des secteurs d’excellence comme l’aéronautique, le luxe ou l’armement, et affiche une croissance potentielle supérieure à celle de l’Allemagne ou de l’Italie. La démographie, même moins vigoureuse, reste l’une des plus dynamiques d’Europe. De plus, son inflation récente a également été l’une des plus basses du continent, ce qui est bon pour le pouvoir d’achat et la compétitivité.

La réalité est donc plus nuancée. Oui, la France perd du terrain par rapport à certains de ses partenaires européens. Non, elle ne bascule pas non plus dans la pauvreté. Et surtout, le PIB par habitant ne dit pas tout. Il mesure une moyenne, pas la situation individuelle de chaque ménage, le niveau des prestations sociales, le coût du logement ou encore la qualité des services publics.

 

Les Français s’appauvrissent-ils vraiment ? Le rôle du PIB par habitant

Quand on entend que les Français s’appauvrissent, pleins d’interrogations nous submergent. Le pouvoir d’achat baisse-t-il ? Les salaires stagnent-ils ? Le pays devient-il moins riche, voire même pauvre ? Il faut donc faire un petit détour sur la théorie. L’indicateur le plus utilisé dans les comparaisons internationales est le PIB par habitant, généralement exprimé en parité de pouvoir d’achat (PPA).

Le produit intérieur brut (PIB) mesure la richesse produite par un pays en une année. Rapporté au nombre d’habitants, il donne une estimation moyenne de la richesse disponible par personne. Ce n’est pas un revenu réel versé à chacun, mais un indicateur synthétique du niveau de vie moyen. Lorsqu’Eurostat compare les pays européens, il utilise le PIB par habitant en PPA, c’est-à-dire en enlevant les différences de prix entre pays. Autrement dit, on ne compare pas simplement des montants en euros, mais un pouvoir d’achat comparable, ce qui donne une analyse plus précise.

Cet indicateur est central dans le débat actuel, parce que c’est lui qui permet de mesurer si un pays progresse ou décroche par rapport aux autres. Pendant longtemps, la France se situait légèrement au-dessus de la moyenne de la zone euro. En 2013, son PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat dépassait encore cette moyenne. Mais les dernières données d’Eurostat montrent un retournement. En effet, en 2024, il était inférieur de 7 % à la moyenne de la zone euro (hors Croatie et Bulgarie). Ce basculement nourrit l’idée que les Français s’appauvrissent, du moins relativement à leurs voisins européens.

Il est toutefois important d’insister sur un point essentiel. Parler “d’appauvrissement” ne signifie pas forcément que le niveau de vie baisse en valeur absolue. En effet, cela peut aussi vouloir dire que d’autres pays progressent plus vite. En économie, le déclassement est souvent relatif. Si par exemple notre revenu augmente de 1 %, mais que celui de nos voisins augmente de 3 %, on s’enrichit, mais en même temps, on perd quand même du terrain. Et c’est précisément ce que suggèrent les comparaisons européennes actuelles.

Le PIB par habitant reste donc un indicateur important, mais il ne dit pas tout. Il ne mesure ni les inégalités, ni la qualité des services publics, ni la répartition réelle des revenus. Il donne simplement une moyenne, pas une photographie précise de chaque situation individuelle.

 

La France décroche-t-elle par rapport à l’Europe ?

Si l’on s’en tient aux données d’Eurostat sur le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA, c’est-à-dire en neutralisant l’effet des prix), la position relative de la France s’est nettement dégradée au cours de la dernière décennie. Cela signifie que l’économie de la France progresse, mais moins rapidement que d’autres pays européens. Elle s’appauvrit donc en comparaison à eux.

En 2013, le PIB par habitant français en PPA était légèrement supérieur à la moyenne de la zone euro. La France se situait alors dans le haut du tableau des grandes économies européennes. Mais depuis, l’écart s’est inversé. En 2024, le PIB par habitant en PPA de la France est inférieur de 7 % à la moyenne de la zone euro (hors Croatie et Bulgarie qui sont arrivés après et qui ne sont pas pris en compte pour conserver un résultat fiable). Autrement dit, le pays ne fait plus partie du groupe de tête et il est passé sous la moyenne.

Par conséquent, l’appauvrissement des Français (toujours de manière relative) n’est pas simplement une impression ou un ressenti lié au pouvoir d’achat, c’est un mouvement qu’on peut mesurer dans les comparaisons européennes. La France progresse, mais pas au même rythme que certains de ses voisins.

La comparaison avec l’Allemagne est particulièrement révélatrice, puisque l’écart de niveau de vie, mesuré par le PIB par habitant en PPA s’est creusé. L’Allemagne reste nettement au-dessus de la moyenne européenne, tandis que la France se situe désormais en dessous. Cette divergence a des conséquences en matière de capacité d’investissement, de finances publiques et de résilience économique.

Encore plus surprenant, la France devrait être dépassée par l’Italie en termes de PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat dès 2026, selon certaines projections évoquées dans le débat public. Or, l’Italie était historiquement perçue comme plus fragile économiquement. Ce renversement symbolique alimente forcément l’idée d’un déclassement économique français.

Mais encore une fois, la France ne s’effondre pas, loin de là. Son niveau de vie reste supérieur à celui de nombreux pays européens. Mais dans le classement des grandes économies de la zone euro, elle perd des positions.

 

Les Français s’appauvrissent-ils ? Ce que disent vraiment les chiffres
Les Français s’appauvrissent-ils ? Ce que disent vraiment les chiffres

 

Pourquoi la France recule-t-elle dans le classement ?

Si les données montrent que la position de la France se dégrade en termes de PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (c’est-à-dire en enlevant l’effet des prix) dans la zone euro, on peut donc légitimement s’interroger sur les causes. Pourquoi le niveau de vie relatif en France recule-t-il depuis une dizaine d’années ?

La première explication tient à la croissance économique. La France affiche une croissance potentielle légèrement supérieure à 1 % par an. Ce n’est pas négligeable, mais cela reste insuffisant pour rattraper ou même pour distancer des économies plus dynamiques. Lorsque la progression du PIB est modérée, le PIB par habitant augmente lentement. Et si d’autres pays progressent plus vite, le classement évolue mécaniquement.

Le deuxième facteur est la désindustrialisation. Le commerce extérieur français des biens affiche un déficit important, supérieur à 70 milliards d’euros sur douze mois fin 2025. À l’inverse, l’Italie a enregistré un excédent commercial d’environ 50 milliards d’euros sur une période comparable. Cela signifie que la France importe davantage de biens qu’elle n’en exporte, ce qui pèse sur sa production nationale et donc sur sa richesse créée. À long terme, une base industrielle affaiblie limite la capacité à générer de la valeur ajoutée et à soutenir durablement le niveau de vie.

Un troisième élément concerne les finances publiques. La France est le seul grand pays de la zone euro à ne jamais avoir affiché d’excédent budgétaire primaire (c’est-à-dire hors des intérêts de la dette) avant la pandémie. La dette publique a donc continué à augmenter et pas qu’un peu. En 2025, la charge des intérêts représente environ 2,3 % du PIB, et elle pourrait atteindre 2,8 % en 2027 selon les prévisions de la Commission européenne, contre environ 1,2 % en Allemagne. Plus la part du PIB consacrée aux intérêts de la dette est élevée, moins il reste de marges pour investir dans l’éducation, l’innovation, les infrastructures ou la modernisation de l’économie.

Il faut également mentionner la position extérieure nette. La position extérieure nette reflète l’écart entre les avoirs et les engagements vis-à-vis de l’étranger. Plus concrètement, c’est le patrimoine ou l’endettement net des Français (et plus précisément des résidents) vis-à-vis du reste du monde. Celle de la France est désormais négative et représente environ 22 % du PIB, contre 14 % pour l’Italie, tandis que l’Allemagne affiche une position extérieure positive équivalente à 77 % de son PIB. Cela signifie que la France est davantage dépendante des capitaux étrangers pour financer son économie. Notre pays est de plus en plus détenu par des étrangers. Ce n’est pas catastrophique à court terme, mais cela peut fragiliser le pays en cas de choc extérieur à venir.

Enfin, le contexte politique et social joue un rôle indirect. L’instabilité politique ou la difficulté à mener des réformes structurelles peuvent freiner les investissements et peser sur la confiance des acteurs économiques. Or, la croissance, l’investissement et la productivité sont les moteurs du PIB par habitant.

 

La France est-elle vraiment en train de devenir un pays pauvre ?

Dire que les Français s’appauvrissent relativement à leurs voisins européens ne signifie pas que la France devient un pays pauvre. En effet, la France reste l’une des principales puissances économiques mondiales. Son PIB total la place parmi les grandes économies développées. Son PIB par habitant, même en recul relatif, demeure supérieur à celui de nombreux pays de l’Union européenne. Elle conserve un niveau de vie élevé, des infrastructures développées, un système de protection sociale étendu et des services publics d’ampleur.

Ce qui a changé, ce n’est pas le statut de pays riche puisque la France le reste, mais la position relative dans le classement européen. Être légèrement au-dessus de la moyenne de la zone euro en 2013 et se retrouver 7 % en dessous en 2024 constitue un signal. Cela signifie qu’il y a un décrochage par rapport aux autres pays, mais pas non plus un effondrement.

Il faut également nuancer le diagnostic en tenant compte de certains atouts structurels. La France conserve des secteurs d’excellence comme l’aéronautique, le luxe, l’armement ou encore certaines technologies. Elle bénéficie aussi d’une démographie moins défavorable que celle de l’Allemagne ou de l’Italie, ce qui peut soutenir la demande intérieure à moyen terme. Sa croissance potentielle reste estimée à un peu plus de 1 % par an, soit un rythme supérieur à celui de plusieurs grandes économies européennes.

L’autre l’élément souvent oublié dans le débat est celui de l’inflation. La France figure parmi les pays de la zone euro où la hausse des prix a été la plus contenue, et cela, depuis plusieurs années. Cela est positif pour le pouvoir d’achat, mais également pour la compétitivité.

En réalité, le terme de “pays pauvre” ne correspond pas du tout à la situation française. Le pays ne bascule pas dans la pauvreté au sens économique du terme. En revanche, il perd du terrain dans la compétition européenne. Ce recul relatif peut donner le sentiment que les Français s’appauvrissent, surtout lorsque la comparaison avec l’Allemagne ou, potentiellement, avec l’Italie devient moins favorable ou que cela se remarque davantage.

 

Les Français s’appauvrissent-ils ? Ce que disent vraiment les chiffres
Les Français s’appauvrissent-ils ? Ce que disent vraiment les chiffres

 

Ce que les chiffres ne disent pas sur l’appauvrissement des Français

Les données sur le PIB par habitant, les comparaisons européennes ou le classement de la France donnent une image claire d’un décrochage relatif. Mais elles ne racontent pas toute l’histoire. Et c’est essentiel pour comprendre si, concrètement, les Français s’appauvrissent.

D’abord, le PIB par habitant est une moyenne. Or, une moyenne peut masquer des écarts importants. Si la richesse progresse, mais se concentre davantage chez les plus hauts revenus, le PIB par habitant augmente sans que la majorité de la population n’en ressente réellement les effets. À l’inverse, un pays peut voir son classement reculer tout en maintenant un niveau de redistribution élevé qui amortit les chocs pour les ménages modestes.

Ensuite, cet indicateur ne mesure pas directement le pouvoir d’achat des ménages. Il ne dit rien de la pression fiscale individuelle, du niveau des prestations sociales, du coût du logement ou encore des dépenses contraintes. Deux pays peuvent afficher un PIB par habitant proche, mais offrir des réalités de vie très différentes selon leur système social et leur structure de prix.

Une autre limite vient du fait que le PIB ne prend pas en compte la qualité des services publics comme l’éducation, la santé, les infrastructures, ou encore la sécurité sociale. Ces éléments contribuent au niveau de vie réel sans apparaître toujours clairement dans les comparaisons internationales. Un pays peut produire un peu moins de richesse par habitant, mais offrir quand même une protection collective plus étendue.

Enfin, les chiffres ne capturent pas le ressenti économique. Le sentiment que les Français s’appauvrissent peut venir d’un décalage entre les attentes et la réalité. Lorsque la croissance est faible, que les salaires progressent peu et que l’inflation pèse sur le quotidien, l’impression de déclassement s’installe, même si le pays reste objectivement riche à l’échelle internationale.

Au final, les statistiques montrent un recul relatif de la France dans le classement européen du PIB par habitant. Elles montrent une tendance de long terme. Mais elles ne suffisent pas non plus à résumer la complexité de l’appauvrissement perçu. Et surtout, la France reste proche de la moyenne et possède de nombreux atouts pour repartir de l’avant, améliorer sa situation et récupérer le terrain perdu.

N'hésitez pas à suivre et à partager :
Partager par Email
INSTAGRAM
Facebook
X (Twitter)
YOUTUBE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous ne pouvez pas copier le contenu de cette page

Retour en haut