
Le chômage est souvent présenté comme la conséquence d’un manque d’emplois. Pourtant, la réalité est beaucoup plus complexe. Dans une économie, des entreprises peuvent chercher à recruter sans y arriver alors que certaines personnes restent sans emploi, tandis qu’un ralentissement de l’activité peut rapidement provoquer une hausse du nombre de chômeurs. Les causes du chômage sont donc nombreuses et peuvent intervenir à des moments différents de la vie économique.
Lorsque la croissance ralentit ou qu’une crise survient, les entreprises peuvent réduire leur production, leurs investissements ou leurs recrutements, ce qui diminue les besoins en main-d’œuvre. Mais le chômage peut également venir d’un décalage entre les compétences des travailleurs et les emplois disponibles, ou encore de différences géographiques entre les lieux où se trouvent les demandeurs d’emploi et ceux où les entreprises recrutent.
Les décisions prises par les entreprises jouent elles aussi un rôle important. Le niveau des salaires, le coût du travail, la productivité ou encore les perspectives de demande peuvent influencer leur volonté d’embaucher. À plus long terme, les transformations de l’économie, comme l’automatisation, les nouvelles technologies ou la mondialisation, peuvent également faire disparaître certains emplois tout en faisant émerger de nouveaux besoins.
Enfin, le chômage ne disparaît jamais totalement, même lorsque l’économie se porte bien. Même quand le plein-emploi est atteint, les changements d’emploi, les périodes de recherche, les variations saisonnières et les ajustements permanents du marché du travail font qu’il existe toujours un peu de chômage.
Afin de tout comprendre à cet article ou si vous l’avez manqué, je vous recommande d’aller lire le précédent intitulé : Quelles sont les principales caractéristiques du chômage ?
Quand l’économie ralentit, pourquoi le chômage augmente-t-il ?
Lorsqu’une économie ralentit, les entreprises sont généralement confrontées à une baisse de la demande pour leurs biens et leurs services. Ainsi, les ménages consomment moins, les entreprises peuvent réduire leurs investissements et les commandes diminuent. Face à cette situation, les entreprises adaptent leur niveau de production et peuvent avoir moins besoin de main-d’œuvre. Elles recrutent alors moins, ne remplacent pas certains départs ou peuvent même supprimer des emplois.
Ce mécanisme est particulièrement visible lors d’une récession ou d’une crise économique. Lorsqu’une entreprise vend moins, elle peut commencer par réduire ses heures de travail ou reporter ses recrutements. Si la baisse d’activité se prolonge, elle peut être amenée à diminuer ses effectifs. À l’échelle de l’ensemble de l’économie, ces décisions peuvent provoquer une hausse du nombre de demandeurs d’emploi. On parle alors de chômage conjoncturel, c’est-à-dire un chômage lié à la situation économique du moment.
La croissance économique joue donc un rôle important dans l’évolution du chômage. Lorsque l’activité progresse, les entreprises doivent généralement produire davantage pour répondre à la demande. Elles peuvent alors augmenter leurs effectifs et créer de nouveaux emplois. À l’inverse, lorsque la croissance ralentit fortement ou devient négative, les créations d’emplois peuvent diminuer et les destructions d’emplois devenir plus nombreuses. Le lien n’est cependant pas automatique. En effet, les entreprises peuvent conserver leurs salariés malgré une baisse temporaire de leur activité, tandis qu’une reprise économique peut mettre du temps à se traduire par de nouvelles embauches.
La demande des ménages constitue notamment un élément déterminant. Une baisse de la consommation entraîne une diminution des ventes dans de nombreux secteurs, ce qui peut conduire les entreprises à réduire leur production. Le phénomène peut ensuite se diffuser dans toute l’économie dans la mesure où une entreprise qui reçoit moins de commandes réduit ses besoins, ses fournisseurs peuvent eux aussi subir une baisse d’activité et les embauches ralentissent à leur tour.
Les investissements jouent également un rôle. En période d’incertitude économique, les entreprises peuvent reporter l’achat de machines, l’ouverture de nouveaux établissements ou le lancement de projets. Cette prudence réduit les dépenses dans l’économie et peut limiter les créations d’emplois. À l’inverse, lorsque les perspectives sont favorables, les investissements et l’activité peuvent soutenir la demande de travail.
Pourquoi peut-il y avoir du chômage alors que des emplois existent ?
À première vue, qu’il y ait à la fois des personnes au chômage et des entreprises qui cherchent à recruter peut sembler paradoxal. Pourtant, les emplois disponibles ne correspondent pas forcément aux personnes qui recherchent un travail. Un poste peut exiger une qualification particulière, se trouver dans une région différente ou proposer des conditions qui ne correspondent pas à celles recherchées. Le marché du travail peut ainsi connaître un décalage entre l’offre et la demande de travail, ce qui constitue l’une des principales causes du chômage.
L’une des explications tient à l’inadéquation des compétences. En effet, les entreprises recherchent des profils qui possèdent certaines connaissances, qualifications ou expériences, tandis que les demandeurs d’emploi ne disposent pas toujours des compétences nécessaires. Ce phénomène peut apparaître lorsque l’économie évolue rapidement. Certains métiers deviennent moins demandés alors que de nouvelles professions se développent.
La formation joue alors un rôle essentiel. Lorsqu’un secteur se transforme, les compétences acquises par les travailleurs au cours de leur parcours professionnel peuvent devenir moins adaptées aux besoins des entreprises. La formation professionnelle et la reconversion peuvent permettre de réduire cet écart, mais elles prennent du temps. Pendant cette période, des postes peuvent rester vacants tandis que certaines personnes demeurent au chômage. Ce phénomène est caractéristique du chômage structurel, qui vient de déséquilibres plus durables sur le marché du travail.
La localisation des emplois constitue une autre explication. Les postes disponibles ne se trouvent pas toujours là où vivent les demandeurs d’emploi. Une entreprise peut rechercher un salarié dans une région où la main-d’œuvre disponible est limitée, tandis qu’une autre région peut compter davantage de personnes à la recherche d’un emploi. La mobilité géographique peut contribuer à réduire ce déséquilibre, mais déménager pour travailler n’est pas toujours possible ou souhaitable, notamment en raison du logement, de la famille ou des coûts associés à un changement de région.
Le temps nécessaire pour mettre en relation un employeur et un candidat explique également pourquoi un poste vacant et une personne au chômage peuvent exister en même temps. Une entreprise doit trouver un profil qui correspond à ses besoins, tandis qu’un demandeur d’emploi doit rechercher un poste adapté à ses compétences et à ses attentes. Ces périodes de transition participent au chômage frictionnel, qui existe même lorsque la situation économique est favorable.
Pourquoi les entreprises ne créent-elles pas toujours davantage d’emplois ?
La présence de personnes disponibles pour travailler ne suffit pas à provoquer automatiquement la création d’emplois. Pour une entreprise, recruter représente une décision économique qui dépend de ses besoins, de ses perspectives d’activité et du coût d’un nouveau salarié. Une entreprise n’embauche donc pas simplement parce qu’une personne recherche un emploi. Elle le fait lorsqu’elle estime que le recrutement répond à un besoin et que le poste créé peut être économiquement viable.
Le niveau des salaires constitue notamment un élément important. Lorsqu’une entreprise envisage une embauche, elle compare ce que le salarié devrait lui coûter avec la valeur de ce qu’il pourrait produire. Le coût d’un emploi ne se limite d’ailleurs pas au salaire versé, puisqu’il comprend également les cotisations sociales et différentes dépenses liées au recrutement et à l’emploi du salarié. Plus largement, c’est donc le coût du travail qui entre dans la décision de l’entreprise.
Les perspectives de demande sont aussi déterminantes. Une entreprise qui anticipe une hausse durable de ses ventes peut avoir besoin de davantage de salariés pour augmenter sa production. À l’inverse, si elle pense que la demande va rester faible ou diminuer, elle peut reporter ses recrutements, même si elle dispose des ressources financières nécessaires.
Les entreprises peuvent également choisir d’investir plutôt que d’augmenter leurs effectifs. Une nouvelle machine, un logiciel ou une technologie peut parfois réaliser certaines tâches qui auraient autrement nécessité davantage de main-d’œuvre. Cela permet d’augmenter la productivité sans embaucher davantage. Mais à terme, cela peut permettre à une entreprise de produire davantage, de gagner en compétitivité, de développer son activité et potentiellement d’embaucher.
Comment les transformations de l’économie peuvent-elles créer du chômage ?
L’économie se transforme en permanence. De nouvelles technologies apparaissent, certaines activités se développent tandis que d’autres déclinent, et les entreprises modifient leur manière de produire. Ces évolutions peuvent améliorer la productivité et créer de nouvelles opportunités, mais elles peuvent aussi entraîner la disparition de certains emplois, ce qui aboutit à du chômage.
Le progrès technologique constitue l’un des exemples les plus connus. Lorsqu’une entreprise automatise une tâche auparavant réalisée par un salarié, elle peut avoir besoin de moins de main-d’œuvre pour effectuer le même travail. La robotisation a aussi profondément transformé certains emplois industriels, tandis que les logiciels ont automatisé de nombreuses tâches administratives. Plus récemment, l’intelligence artificielle risque de modifier à son tour de nombreux métiers, notamment en automatisant certaines tâches qui nécessitaient auparavant une intervention humaine.
Cependant, on ne peut pas non plus affirmer que le progrès technologique provoque forcément une hausse durable du chômage. En effet, les innovations peuvent également augmenter la productivité, réduire certains coûts et permettre aux entreprises de produire davantage. Elles peuvent ainsi favoriser le développement de nouvelles activités et créer de nouveaux emplois. Le problème apparaît surtout lorsque les emplois détruits et les emplois créés ne correspondent pas aux mêmes compétences, aux mêmes secteurs ou aux mêmes territoires. La transition peut alors être difficile pour une partie des travailleurs.
La mondialisation peut également transformer profondément l’emploi. Avec l’intensification des échanges internationaux, les entreprises peuvent modifier la localisation de leur production en fonction des coûts, des compétences disponibles ou de l’accès aux marchés. Dans certains secteurs, les délocalisations peuvent entraîner des suppressions d’emplois dans un pays lorsque certaines activités sont transférées à l’étranger. Mais là encore, les effets ne sont pas uniquement négatifs dans la mesure où les échanges internationaux peuvent aussi favoriser le développement de nouvelles activités, augmenter les débouchés des entreprises et soutenir la création d’emplois dans d’autres secteurs.
Pourquoi le chômage existe-t-il même dans une économie en bonne santé ?
Même lorsque l’économie connaît une croissance soutenue et que les entreprises recrutent, le chômage ne disparaît généralement pas complètement. Certaines personnes quittent volontairement leur emploi pour en rechercher un autre, d’autres viennent d’entrer sur le marché du travail et cherchent encore leur premier poste. Il faut également tenir compte des variations saisonnières de certaines activités. Le chômage ne vient donc pas forcément d’une mauvaise santé de l’économie.
Une première explication tient au chômage frictionnel. Entre deux emplois, il existe souvent une période pendant laquelle un travailleur recherche un nouveau poste. Ce délai peut être très court ou durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois selon le secteur, le niveau de qualification ou la situation géographique. Le phénomène concerne également les jeunes qui arrivent sur le marché du travail et les personnes qui reprennent une activité après une période sans emploi. Même lorsque les offres d’emploi sont nombreuses, il faut du temps pour qu’un candidat et une entreprise se rencontrent et concluent un recrutement.
Le chômage saisonnier constitue une autre explication. Certaines activités dépendent fortement de la période de l’année et connaissent des variations régulières de leurs besoins en main-d’œuvre. Le tourisme, l’agriculture ou certaines activités liées aux fêtes peuvent, par exemple, recruter davantage pendant certaines périodes avant de réduire leurs effectifs lorsque la saison se termine. Les personnes concernées peuvent alors se retrouver temporairement sans emploi, même lorsque l’économie dans son ensemble se porte bien.
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, le plein-emploi ne signifie pas que toutes les personnes qui souhaitent travailler occupent un emploi à chaque instant. Il correspond plutôt à une situation dans laquelle le chômage est faible et où l’essentiel du chômage restant s’explique notamment par les périodes de transition et les ajustements normaux du marché du travail.
Il est donc difficile d’imaginer une économie dans laquelle le taux de chômage serait égal à zéro. Même dans une période de forte croissance, des personnes changent d’emploi, entrent sur le marché du travail, terminent une activité saisonnière ou prennent le temps de trouver un poste qui correspond à leurs attentes. Une partie du chômage peut ainsi venir du fonctionnement du marché du travail.