Terres rares : comment la France veut sortir de sa dépendance à la Chine d’ici 2030

 

Terres rares : comment la France veut sortir de sa dépendance à la Chine d’ici 2030
Terres rares : comment la France veut sortir de sa dépendance à la Chine d’ici 2030

 

On les utilise tous les jours sans y penser. Dans un smartphone, une voiture électrique, un écran, un appareil médical, un avion de chasse, un serveur d’intelligence artificielle ou une éolienne, les terres rares sont devenues des composants indispensables de notre économie moderne. Ces métaux, aux propriétés uniques, permettent de rendre les technologies plus performantes et plus efficaces. Mais derrière cette omniprésence se cache une réalité bien moins visible. En effet, leur production, et surtout leur transformation, sont aujourd’hui massivement concentrées dans un seul pays, la Chine.

Cette dépendance dépasse largement le cadre industriel, puisque des pans entiers de l’économie se retrouvent touchés. Or, à mesure que la transition énergétique s’accélère, que le réarmement devient prioritaire et que la course à l’IA est effrénée, cette dépendance devient un enjeu stratégique majeur. D’ici 2030, les besoins en aimants permanents fabriqués à partir de terres rares devraient fortement augmenter, ce qui accentue encore plus la pression sur ces ressources critiques.

Face à ce constat, la France cherche à réagir. C’est dans ce sens que le gouvernement a présenté ce mardi 5 mai son Plan national de résilience “Terres rares et aimants permanents”. L’objectif n’est pas de devenir totalement indépendant, ce qui serait illusoire, mais de réduire les risques en diversifiant ses approvisionnements, en reconstruisant une partie de la chaîne industrielle ici en France et en développant des solutions comme le recyclage. Notre pays n’est pas tout seul dans cette démarche, puisque de nombreux pays, notamment occidentaux, veulent également reprendre la main sur ce sujet.

Reste que cette transformation ne va pas de soi. Recréer une filière industrielle, sécuriser des approvisionnements et rivaliser avec des acteurs déjà bien installés représente un défi de taille. En tout cas, les terres rares représentent déjà un enjeu central et il est primordial de le prendre en compte.

Pour ne rien manquer de mon activité, n’hésitez pas à me suivre sur les réseaux sociaux et à vous inscrire à ma newsletter !

 

Terres rares : définition simple et pourquoi elles sont indispensables aujourd’hui

Quand on parle de “terres rares”, on imagine souvent des ressources exceptionnelles et difficiles à trouver. En réalité, ces métaux sont relativement présents dans la croûte terrestre et ne sont donc pas si rares que cela. Ce qui les rend “rares”, c’est surtout la difficulté à les extraire, à les séparer et à les transformer. En effet, leur production repose sur des procédés industriels complexes, coûteux et en plus souvent concentrés dans quelques régions du monde.

Ces éléments chimiques sont devenus incontournables car ils possèdent des propriétés uniques, notamment magnétiques et conductrices. C’est cela qui les rend essentiels à de nombreuses technologies modernes

Les terres rares sont présentes dans une multitude d’objets du quotidien, souvent sans que nous en ayons conscience. Elles entrent notamment dans la fabrication des smartphones, des ordinateurs, des écrans ou encore de nombreux équipements électroniques. Elles sont aussi indispensables dans des secteurs plus stratégiques comme la défense ou l’aéronautique.

Au-delà de leur usage dans l’électronique, les terres rares occupent aujourd’hui une place centrale dans la transition énergétique. Elles sont indispensables au développement des énergies renouvelables (on en trouve dans les éoliennes par exemple) et à l’électrification des transports, deux piliers majeurs des politiques climatiques actuelles.

Mais leur utilisation la plus déterminante concerne les aimants dits “permanents”, en particulier les aimants néodyme-fer-bore (NdFeB). Ces composants jouent un rôle central dans les moteurs électriques. Par exemple, une voiture électrique contient plusieurs centaines d’euros d’aimants, dont une grande partie est directement liée au moteur principal. Sans ces matériaux, ces technologies seraient, soit moins performantes, soit beaucoup plus coûteuses.

Les terres rares permettent donc d’améliorer l’efficacité énergétique, de réduire la taille des équipements et d’augmenter leurs performances. Elles sont devenues un pilier fondamental des technologies que nous utilisons tout le temps. Et c’est pourquoi les terres rares sont souvent comparées au pétrole du XXe siècle

 

Une dépendance massive à la Chine qui inquiète

Si les terres rares sont devenues indispensables, leur accès reste aujourd’hui extrêmement déséquilibré. La chaîne de valeur, qui comprend l’extraction des terres rares, leur séparation, leur transformation en alliages, puis leur fabrication en aimants, est largement dominée par un seul acteur. En effet, aujourd’hui, plus de 85 % des capacités mondiales de séparation et plus de 90 % de la métallisation sont par exemple concentrées en Chine, selon les données issues du dossier de presse du Plan national de résilience “Terres rares et aimants permanents”.

Cela signifie que même quand les matières premières proviennent d’ailleurs, elles passent très souvent par des infrastructures chinoises avant d’être exploitables. C’est cette maîtrise de l’ensemble de la chaîne qui nous rend très dépendants.

La Chine a bien compris le pouvoir qu’elle avait entre ses mains et n’a d’ailleurs pas hésité à l’utiliser ces dernières années. Ainsi, les contrôles sur les exportations de terres rares (et sur tous les métaux critiques d’une manière générale) se sont multipliés. De plus, en contrôlant autant la chaîne de valeur, la Chine peut décider des prix et les augmenter si elle le souhaite, sans parler des éventuelles ruptures d’approvisionnement, ou même des pénuries qu’il peut y avoir.

Toutes ces menaces liées à un seul pays sont d’autant plus importantes que la demande augmente rapidement. D’ici 2030, les besoins de l’industrie européenne en aimants NdFeB (néodyme–fer–bore), qui est l’un des plus stratégiques, pourraient atteindre entre 36 000 et 45 000 tonnes, avec une forte hausse liée aux véhicules électriques et à l’éolien. Cette croissance accentue mécaniquement la pression sur des ressources déjà concentrées.

Au-delà des enjeux industriels, c’est la question de notre souveraineté qui se pose. Dans la mesure où les terres rares, et ce qui en découle, sont utilisées dans certaines technologies sensibles, dans la défense, dans les systèmes électroniques avancés ou encore dans les infrastructures énergétiques, dépendre d’un seul pays comme cela fait peser un risque majeur et nous rend très vulnérables. Et c’est ce qui pousse la France à agir.

 

Terres rares : comment la France veut sortir de sa dépendance à la Chine d’ici 2030
Terres rares : comment la France veut sortir de sa dépendance à la Chine d’ici 2030

 

Le plan de la France pour réduire sa dépendance d’ici 2030

Face à une telle dépendance à la Chine, la France ne part pas complètement de zéro, mais doit rattraper tout de même un retard important. Dans le Plan national de résilience “Terres rares et aimants permanents” présenté ce mardi 5 mai 2026, l’objectif est clair, celui de sécuriser les approvisionnements et de structurer une filière industrielle stratégique pour réduire la dépendance de la France (et de l’Europe au passage) en métaux critiques et renforcer sa souveraineté industrielle d’ici 2030.

Pour sécuriser les approvisionnements, la France compte soutenir financièrement des dizaines de projets (déjà près de 40 projets soutenus pour environ 330 millions d’euros d’aides publiques dans le cadre de France 2030), prolonger le crédit d’impôt pour l’industrie verte jusqu’en 2028, faciliter le financement de projets miniers et créer un fonds d’investissement dédié aux métaux critiques, doté à terme de 2 milliards d’euros pour financer des projets en France et dans le monde.

L’international n’est pas en reste puisque la France a déjà signé plus de 20 accords bilatéraux de coopération avec des pays miniers et industriels pour sécuriser ses approvisionnements et accompagner le développement de projets industriels à l’étranger.

Au-delà des matières premières, le plan prévoit le développement de capacités sur l’ensemble de la chaîne de valeur des aimants permanents, depuis la séparation des terres rares jusqu’à la fabrication d’aimants. Pour reconstruire une filière industrielle en France, des projets sont déjà en cours, comme par exemple à Lacq dans les Pyrénées-Atlantiques, mais aussi à La Rochelle et à Grenoble.

L’objectif est de couvrir 100 % des besoins européens en terres rares lourdes et 25 % des besoins en terres rares légères, produire des alliages de terres rares à hauteur d’environ 10 % des besoins de l’industrie européenne, et enfin, soutenir le développement d’une production d’aimants permanents, notamment issus du recyclage. Le développement d’une filière de recyclage est ainsi un levier majeur du plan.

Mais en face de l’offre, il y a la demande qui doit suivre. C’est pour cela que le plan prévoit de mettre en place des mesures pour encourager l’utilisation d’aimants européens. Ainsi, le secteur de l’éolien en mer par exemple devra diversifier ses approvisionnements en utilisant moins de 50 % d’aimants permanents issus de Chine. Certaines entreprises auront aussi pour obligation d’avoir des plans pour diversifier leurs approvisionnements.

D’ici 2030, l’ambition est donc de moins dépendre de la Chine, tout en soutenant notre souveraineté, notre économie et donc retrouver une certaine autonomie stratégique. Cela est d’autant plus important que le monde est de plus en plus instable.

 

Ce plan peut-il vraiment fonctionner ?

Le plan présenté par la France est ambitieux, structuré et déjà engagé. Mais son succès va dépendre de nombreux facteurs, tant économiques qu’industriels et géopolitiques.

Le principal obstacle reste que tout est à reconstruire. Pendant plusieurs décennies, l’Europe a progressivement perdu ses capacités dans le domaine des terres rares et les a laissées se développer ailleurs. Certaines étapes clés, notamment la séparation et la transformation, sont extrêmement complexes à maîtriser. Elles nécessitent des investissements lourds, des technologies avancées et un savoir-faire qui ne se reconstitue pas du jour au lendemain.

De plus, même avec des investissements importants, la France ne pourra pas devenir totalement indépendante. L’objectif du plan n’est d’ailleurs pas d’être totalement autonome, ce qui serait illusoire, mais de réduire les risques.

Malgré les obstacles, la France a aussi des atouts et à l’évidence une volonté politique forte. En effet, des projets industriels concrets sont déjà en cours, avec des sites en développement et des investissements engagés. Ensuite, les objectifs fixés sont atteignables. À l’horizon 2030, la production européenne pourrait couvrir une part significative des besoins, notamment pour certaines catégories de terres rares.

Par ailleurs, la coopération internationale progresse. Les accords signés avec des pays producteurs, souvent pour plusieurs années, permettent de sécuriser des approvisionnements différents de ceux de la Chine.

Enfin, le développement du recyclage est un levier prometteur. Réutiliser ce qui se trouve déjà sur notre territoire permettra de limiter un peu les importations et de renforcer la résilience de la filière.

Le facteur le plus déterminant reste probablement le temps. Les décisions d’aujourd’hui n’auront des effets que dans quelques années, donc il vaut mieux ne pas perdre de temps. D’autant plus que d’ici 2030, les besoins devraient fortement croître, ce qui va accentuer la concurrence entre les grandes puissances.

 

Terres rares : comment la France veut sortir de sa dépendance à la Chine d’ici 2030
Terres rares : comment la France veut sortir de sa dépendance à la Chine d’ici 2030

 

Vers une bataille mondiale pour les terres rares ?

À mesure que la demande explose, les terres rares ne sont plus seulement une question industrielle. Elles deviennent un enjeu de puissance. Derrière ce sujet, il y a progressivement une compétition internationale qui se met en place, dans laquelle chaque grande économie cherche à sécuriser ses approvisionnements et à renforcer sa position dans la chaîne de valeur.

Ainsi, face à une demande mondiale en forte croissance, les États ne restent pas passifs. Les États-Unis, l’Union européenne, le Japon ou encore la Corée du Sud multiplient les initiatives. Et cela passe par plusieurs stratégies : des investissements dans des projets miniers, le développement de capacités industrielles locales, la mise en place de grands plans nationaux, des accords bilatéraux avec des pays producteurs, ou encore la constitution de stocks stratégiques.

Dans ce contexte, la Chine conserve une position dominante, mais elle fait désormais face à la volonté des autres d’être moins dépendants d’elle. Et forcément, cette compétition s’accompagne de risques accrus. Les chaînes d’approvisionnement, déjà fragiles, peuvent être affectées par des tensions géopolitiques, des restrictions commerciales ou des événements extérieurs.

À plus long terme, si les investissements actuels se concrétisent, de nouvelles capacités pourraient émerger en Europe et dans d’autres régions du monde, ce qui permettra de réduire progressivement la concentration chinoise actuelle.

Le développement du recyclage, l’innovation technologique et la recherche d’alternatives pourraient également transformer le marché, même si cela prendra du temps. Par exemple, certaines initiatives visent à concevoir des moteurs qui nécessitent moins de terres rares, voire qui permettent de s’en passer partiellement, ou même totalement.

Au final, les terres rares s’imposent comme l’un des grands enjeux du XXIe siècle. À l’image du pétrole au siècle précédent, elles concentrent des intérêts économiques, industriels et stratégiques majeurs. La course est lancée et il est impératif que la France y participe, dans son intérêt. Seul l’avenir dira quels seront les résultats de nos démarches d’aujourd’hui.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous ne pouvez pas copier le contenu de cette page

Retour en haut